Mon parcours pluridisciplinaire (voir rubrique "L'auteur") et mon expérience de terrain m'ont donné la forte conviction que le développement des compétences implique une pensée globale, s'appuyant sur un socle allant des sciences sociales aux sciences de la cognition, et réunissant dans une même démarche le groupe et l'individu, qui ne peuvent exister l'un sans l'autre qu'au prix d'un grand écart conceptuel et pratique à mon avis intenable.

Nos institutions nous ont habitués à considérer l'apprentissage comme un phénomène individuel et explicite. On peut résumer cette vision par l'image de l'élève qui apprend ses leçons, "stockant" des connaissances. Seulement voilà, la connaissance n'a rien d'un stock, avec ses étiquettes sur le haut des tiroirs. C'est même tout le contraire !
Constituée dynamiquement tout au long de l'existence, et en perpétuelle évolution, elle s'apparente beaucoup plus à un être vivant, façonné par des rencontres, des expériences. Le vaste réseau qui en découle, où tout est - directement ou indirectement - interconnecté, s'enrichit donc d'abord à travers des pratiques et des relations sociales.

Et c'est d'autant plus important qu'une compétence, véritable "savoir-agir" qui intéresse au premier plan les organisations (entreprises, collectivités...), s'appuie à la fois sur des connaissances théoriques et pratiques.

Je me suis risqué à un petit schéma, qui n'a cela dit rien de révolutionnaire, pour illustrer ce que j'entends par "compétence" (d'autres en auront peut-être une définition un peu différente, je préfère donc être aussi clair que possible, pour que nous parlions de la même chose ! Attention, cette représentation plutôt classique peut être trompeuse, puisqu'il lui manque le mouvement. La compétence est faite de processus, pas d'une addition de savoirs. Je le conserve tout de même pour l'instant, comme toile de fond, après avoir fait cette mise en garde, mais en n'oubliant pas qu'il faudra dans un prochain billet le faire évoluer pour en faire apparaître la dimension dynamique.



Et parce qu'il s'agit d'un vaste système en mouvement, fait d'interactions, tout cela n'est pas toujours directement mobilisable, loin s'en faut. La connaissance est créée par l'interaction et la complémentarité entre des connaissances explicites, apportées par la formation par exemple, et des connaissances tacites, apportées de manière informelle par la pratique professionnelle et les échanges. Ces connaissances tacites sont la partie immergée de l'iceberg. Certains experts estiment qu'elles représentent jusqu'à 75% des connaissances sous-tendant les compétences professionnelles.

Et ça n'est pas tout ! L'apprentissage transforme ce que nous sommes. Il concerne donc aussi l'identité, à la fois individuelle et collective. Construire une identité revient à négocier le sens de notre expérience de membre de diverses communautés sociales. Il y a une construction mutuelle, puisque nous participons à l'identité des communautés sociales auxquelles nous appartenons.
Nous touchons là à un deuxième point fort des communautés de pratique pour les entreprises ou les collectivités : Elles ne permettent pas seulement la capitalisation des connaissances (qui fait gagner en productivité, en évitant de sans cesse réinventer la roue), et le développement des compétences (par le partage et la co-construction notamment). Elles produisent aussi un sentiment d'appartenance, source à la fois de motivation des membres du groupe et de cohérence dans l'image donnée à l'extérieur (aux clients, partenaires, etc.). La motivation est encore renforcée par le décloisonnement qu'apporte la communauté à ses membres, notamment quand il sont éloignés géographiquement, et le sentiment de progresser continuellement dans leurs pratiques quotidiennes.

Dernier point, mais pas le moindre : Une communauté est un véritable incubateur d'innovations et d'améliorations. Les problèmes y sont repérés et traités avec une réactivité nettement plus grande que dans une organisation verticale. Les idées y émergent plus facilement et elles y font immédiatement l'objet d'une véritable "sélection naturelle", par confrontation avec l'expérience des uns et des autres.

Aujourd'hui, les TIC fournissent des outils puissants pour réussir le développement et l'animation de communautés de pratique. Il y a donc là un potentiel important, encore trop peu exploité. J'ai travaillé trois ans sur un projet européen visant à donner des outils organisationnels et techniques (sous forme de webservices) aux communautés de pratique, le projet PALETTE. La conception, ou le choix d'outils performants et adaptés est un enjeu important.

J'en resterai là pour cette fois, mais j'aurai l'occasion de présenter un peu plus tard quelques approches méthodologiques et techniques sur les communautés de pratique (une communauté ne s'improvise pas, et les les échecs sont nombreux, il ne faut pas l'oublier) !


Pour plus d'informations sur ce sujet, ou sur les prestations de conseil que je propose, n'hésitez pas à me contacter ou à déposer un commentaire.